Ticket restaurant en télétravail : quels droits en 2025 ?

Oui, les salariés en télétravail ont droit aux tickets restaurant, au même titre que leurs collègues sur site. La question n’est plus ouverte au débat : la loi et la jurisprudence ont définitivement tranché en faveur d’une égalité de traitement stricte. Le fait de travailler depuis votre domicile, un espace de coworking ou tout autre lieu ne peut justifier une suppression ou une modification de cet avantage social. Ce droit n’est pas une faveur, mais une application directe du Code du travail. Cet article détaille les conditions exactes d’éligibilité, clarifie les points souvent mal compris comme le cumul avec l’indemnité de télétravail, et vous donne la marche à suivre si votre employeur ne respecte pas ses obligations.

Infographie checklist : Ticket restaurant en télétravail : vos droits et obligations

La Règle d’Or : Le principe d’égalité de traitement (L. 1222-9)

Le droit au ticket restaurant en télétravail ne sort pas de nulle part. Il est la conséquence directe d’un principe fondamental du droit du travail français : l’égalité de traitement entre tous les salariés d’une même entreprise. Que vous soyez au bureau ou à la maison, vous êtes avant tout un salarié de l’entreprise.

Ce principe est gravé dans le marbre par l’article L. 1222-9 du Code du travail, qui stipule sans aucune ambiguïté que « le télétravailleur a les mêmes droits que le salarié qui exécute son travail dans les locaux de l’entreprise ». Cette disposition est d’ordre public, ce qui signifie qu’un accord d’entreprise, une charte de télétravail ou votre contrat de travail ne peuvent y déroger.

Après des années d’incertitude et de décisions de justice contradictoires, la Cour de cassation a mis un point final au débat par un arrêt de principe du 8 octobre 2025. Cette décision, qui fait désormais autorité, confirme que refuser les titres-restaurant au seul motif du télétravail est une rupture d’égalité. Cette position est partagée par toutes les instances de référence, notamment l’URSSAF et la Commission Nationale des Titres-Restaurant (CNTR). Le droit est donc acquis et non-négociable.

L’unique condition : Votre journée de travail inclut-elle une pause déjeuner ?

Le lieu de travail est donc indifférent. La seule et unique condition qui détermine votre droit à un ticket restaurant est l’organisation de votre journée. Pour y prétendre, votre journée de travail doit être organisée en deux vacations entrecoupées d’une pause repas. C’est la structure de vos horaires qui compte, pas votre présence physique dans l’entreprise. Pour y voir plus clair, voici quelques exemples concrets.

Exemple d’horaires de travail Droit au ticket restaurant ? Pourquoi ?
9h00 – 12h30 / 14h00 – 17h30 Oui La journée de travail est clairement coupée par une pause repas.
8h00 – 15h00 en continu Non La journée est effectuée en une seule traite, sans pause repas formelle.
Temps partiel 9h00 – 14h00 Oui L’horaire de travail englobe la plage habituelle du déjeuner.
Temps partiel 14h00 – 18h00 Non L’horaire de travail ne couvre que l’après-midi et n’est pas entrecoupé d’une pause repas.

Même montant, mêmes règles : Zéro discrimination sur la fiche de paie

Le principe d’égalité ne s’arrête pas à l’attribution ou non des titres. Il s’applique aussi à leur valeur faciale et à la contribution de l’employeur. Une entreprise ne peut en aucun cas vous donner des tickets de moindre valeur ou réduire sa part de financement pour les jours où vous êtes en télétravail. Une telle pratique serait considérée comme discriminatoire et illégale.

Concrètement, si un ticket restaurant vaut 10€ avec une participation patronale de 60% (soit 6€) lorsque vous êtes au bureau, il doit avoir exactement la même valeur et la même répartition de financement lorsque vous travaillez depuis chez vous. Toute différence est injustifiée.

Peut-on cumuler avec l’indemnité forfaitaire de télétravail ?

Oui, absolument. Il est crucial de ne pas confondre ces deux dispositifs qui n’ont pas le même objet. Le ticket restaurant est un avantage social destiné à couvrir une partie des frais de repas du salarié. Son but est de faciliter la pause déjeuner.

L’indemnité de télétravail, quant à elle, est un remboursement de frais professionnels. Selon la doctrine de l’URSSAF, elle vise à compenser les dépenses engagées par le salarié pour exercer son activité à domicile : électricité, internet, chauffage, petit matériel, etc. Les deux sont donc de nature différente et sont parfaitement cumulables. L’un ne remplace pas l’autre, et votre employeur ne peut pas utiliser le versement de l’indemnité pour justifier un refus de vous attribuer des tickets restaurant.

Quid des jours d’absence ?

Les règles sont identiques pour tous les salariés, qu’ils soient sur site ou à distance. Le droit au ticket restaurant est conditionné à une journée de travail effectivement réalisée. Par conséquent, vous n’y avez pas droit pour les jours non travaillés, notamment dans les cas suivants :

  • Arrêt maladie ou accident du travail
  • Congés payés
  • Jours de RTT
  • Jours fériés non travaillés
  • Absence injustifiée

Dans toutes ces situations, la condition d’une journée de travail incluant une pause repas n’est pas remplie, ce qui suspend logiquement l’attribution du titre pour la journée concernée.


Votre employeur refuse ? Les étapes pour faire valoir vos droits

Malgré la clarté de la loi, certains employeurs peuvent encore se montrer réticents. Si vous êtes confronté à un refus, ne baissez pas les bras. Vous disposez de plusieurs leviers pour faire valoir vos droits, en suivant une démarche progressive et structurée.

  1. Le dialogue formel : La première étape consiste à ouvrir la discussion. Envoyez un email courtois mais ferme à votre service des Ressources Humaines ou à votre manager. Dans ce message, rappelez le principe d’égalité de traitement et citez l’article L. 1222-9 du Code du travail ainsi que la jurisprudence constante de la Cour de cassation. Souvent, un simple rappel des règles suffit à débloquer la situation.
  2. Les représentants du personnel : Si votre démarche individuelle n’aboutit pas, sollicitez le Comité Social et Économique (CSE) de votre entreprise. Les élus du personnel ont pour mission de présenter les réclamations individuelles et collectives. Si la situation dégénère en convocation, sachez que vous pouvez vous faire assister lors d’un entretien informel pour défendre vos intérêts. Leur intervention donne plus de poids à votre demande et peut concerner plusieurs salariés dans la même situation.
  3. La mise en demeure : Si le refus persiste, il faut passer à une étape plus formelle. Envoyez une lettre recommandée avec accusé de réception à votre employeur. Ce courrier, appelé mise en demeure, doit exposer clairement les faits, rappeler vos droits et exiger la régularisation de votre situation (attribution des titres et versement rétroactif) dans un délai précis. Pour structurer efficacement cette démarche formelle, vous pouvez vous inspirer des modèles de lettre de contestation en LRAR, en adaptant le contenu à votre réclamation.
  4. Le Conseil de prud’hommes : En dernier recours, si toutes les tentatives amiables ont échoué, vous pouvez saisir le Conseil de prud’hommes. Cette juridiction est compétente pour trancher les litiges entre salariés et employeurs. Vous pouvez y réclamer les titres restaurant non versés sur les trois dernières années, ce qui correspond au délai de prescription en matière de salaire.

En 2025, le droit aux tickets restaurant en télétravail n’est plus un sujet de débat, mais un droit acquis. La loi protège fermement le télétravailleur de toute forme de discrimination par rapport à ses collègues travaillant dans les locaux de l’entreprise. Retenez que le seul et unique critère qui justifie l’attribution de cet avantage est l’organisation de votre journée de travail, et non le lieu où vous l’effectuez. Si votre employeur ne respecte pas cette règle, vous disposez de recours clairs et efficaces pour faire valoir ce qui vous est dû.

Salariés déjeunant sur terrasse d'entreprise illustrant droit aux tickets restaurant télétravail


Questions fréquentes

Un salarié en télétravail à temps partiel a-t-il droit aux tickets restaurant ?

Oui, à la condition que ses horaires de travail couvrent la pause déjeuner. Par exemple, un salarié travaillant de 9h à 14h y a droit. En revanche, un salarié travaillant uniquement l’après-midi (ex: 14h-18h) n’y a pas droit, car sa journée n’est pas entrecoupée d’une pause repas.

Mon employeur peut-il me donner des tickets restaurant d’une valeur inférieure les jours de télétravail ?

Non, c’est formellement interdit. Le principe d’égalité de traitement impose que la valeur faciale du titre et la part de contribution de l’employeur soient strictement identiques pour tous les salariés, qu’ils soient sur site ou en télétravail.

Je suis en arrêt maladie pendant un jour de télétravail, ai-je droit à mon ticket restaurant ?

Non. Le ticket restaurant est attribué pour une journée effectivement travaillée. Comme pour un salarié sur site, les jours d’absence (maladie, congés payés, RTT) n’ouvrent pas droit à l’attribution d’un titre.

L’indemnité de télétravail versée par mon entreprise remplace-t-elle les tickets restaurant ?

Non, les deux sont parfaitement cumulables. L’indemnité de télétravail est un remboursement de frais professionnels (internet, électricité), tandis que le ticket restaurant est un avantage social pour le repas. L’un ne peut se substituer à l’autre.

Mon entreprise n’accorde de tickets restaurant à personne, puis-je en réclamer au titre du télétravail ?

Non. Le droit aux tickets restaurant pour un télétravailleur n’existe que si les salariés travaillant sur site en bénéficient déjà. Le principe est l’égalité des droits : si personne n’en a, le télétravailleur n’en a pas non plus.

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